C’etait un enfant qui posait des questions comme on respire.
Et nous avons tous été, ou presque, cet enfant-là…

On lui disait : « Reste tranquille, la mer est la mer. »
Mais lui demandait :
« Et si l’amer est la Mère, l’amer soigne ?
Et le sel, d’où vient-il ?
Est-il celui de la terre ou de l’amer ?
Et la vague, qui la réveille, le nerf vague à l’âme ? »
Les gens du port l’aimaient mal : ils avaient du travail, des horaires, des certitudes.
L’enfant, lui, avait du silence, des pores ouverts, des pourquoi qui brillent.
Un soir de brouillard, les bateaux hésitèrent.

Les cartes tremblaient dans les mains, les moteurs toussaient.
Alors l’enfant monta jusqu’au vieux phare.
« Tu n’es pas la mer, lui dit-on, tu ne sers à rien ici. »
Il tourna pourtant la lanterne, et la lumière fit un chemin dans l’épais.
Les bateaux passèrent.
Personne ne vit l’enfant.
Mais tous virent le passage.
Le lendemain, on lui dit encore : « Cesse avec tes questions. »
Il sourit.
Car il avait compris :
un phare ne se confond pas avec l’océan,
et c’est précisément pour cela qu’il éclaire.

Depuis, quand le monde devient bruit,
l’enfant écoute le battement simple en lui :
« Cherche la vérité, doucement.
Ce qui doit être vu viendra à la lumière.
Et si l’on te rejette, demeure clair.
Tu n’es pas la foule, tu es le passage.
Et si d’aucuns ne voient que le Pas-Sage, sèche tes larmes contre l’arme et cela désarme… »
Voilà ce qui, en définitive, charme…
Et les souffrances, les errances seront oubliées.
Main dans la main, demain sera un aujourd’hui qui fait du bien.


